Article écrit pour le Blog « Mediteranean Rif Now », du collectif d’Al Hoceima contre le projet immobilier « Souani »
Pour l’Espace de Solidarité et de Coopération de l’Orientale
L’écolo Plateforme du Maroc du Nord
Pour l’association Cap Démocratie Maroc

Il se comporte de parties presque indépendantes, pouvant être lus séparément par les personnes qui se sentent concernées par certaines plus que d’autres

I) qu’est ce que le Plan Azur ?

Le Plan azur est un plan lancé par le Maroc pour attirer 10 millions de touristes aux alentours de 2010,
bien, me dira-t-on ! le Maroc a un potentiel touristique important qu’il serait dommage de ne pas mettre à profit pour développer son économie.
Je ne dis pas le contraire.

Mais ce plan, qui nous a été vendu comme « créateur de dixaine de milliers d’emplois directs, et de centaines de milliers d’emplois indirects », se révèle être de nature plus immobilière que touristique.

– La plupart des unités sont immobilières destinées à la revente directe : villas, appartements (exemple)

– D’un point de vue rendement économique, que préfèreront les habitants de l’oriental (puisque c’est sur leur terre que Mediteranea Saidia est réalisée) : des Hôtels, des restaurants, des clubs de plongée, de spéléologie etc, où ils pourront travailler sur toute l’année, à raison d’une trentaine de salariés par unité hôtelière,
Ou bien des villas qu’on revend dans les salons immobiliers (ici par exemple) à des petites fortunes européennes qui viendront passer un mois en moyenne par année, et employer une femme de ménage et un gardien de villa de façon occasionnelle ?

La question est donc de savoir qu’elle est la part de choix des premiers concernés (les habitants de l’orientale) dans ce genre de décision stratégique. Je vous renvoi pour cette question à la partie IV

II)Le mouvement des écologistes marocains  :

Oui, je vous comprends, vous qui en lisant le titre de cette partie, dites « ach khassek a l3aryane? khatem a moulay » (c’est ce qui nous manquait au Maroc, des écologistes !)

Contrairement aux idées reçues, les écologistes marocains ne sont pas une bande de rêveurs, contre le développement économique et pour la suprématie du phoque moine (puisse Dieu aie pitié de son âme, car cette espèce a presque disparu de nos côtes méditéranéennes)

L’écoloplateforme du Maroc du Nord par exemple, regroupe avant tout des associations locales soucieuses de l’interêt général local, du citoyen avant tout, qu’elle encadre et assiste sur plusieurs fronts. La défense de l’environnement s’inscrit dans la continuité de la défense des droits du citoyen.

Le comité de suivi du projet Souani à Al Hoceima a quant à lui rédigé un excelent document de recommandations, visant à présenter une autre vision du Plan Azur, une vision plus respectueuse de l’homme et de son milieu , et surtout, plus rentable économiquement , ce document fera l’objet du prochain billet de ce blog.

(Point de vue personnel sur les propositions du comité de suivi de Souani : plus constructif tu meurs, un modèle de tourisme responsable et rentable, suivez les prochains articles de ce blog pour plus de détails)

Par ailleurs, la voix de l’ESCO (espace de solidarité et de coopération d’Oujda), s’est levée il y a plus de 5 ans contre les projets du Plan Azur qui ne respectaient pas les normes nationales et internationales en termes d’impact sur l’homme et la nature.
A cette époque, personne ne les écoutaient, et personne ne voulait se concerter avec eux sur la question de l’impact du projet. On les traitait (comme on risque de le faire avec moi pour cet article, de « nihilistes », « contre le développement » et « déconnectés des besoins de la population locale ») ce qui est complètement faux puisque ces gens ont prouvé par leur histoire, et leurs actions auprès des citoyens que rien ne les motivait plus que le développement et l’interêt générale.

Les études d’impact n’ont pas été faites comme l’état le prétendait, pire encore, des lacunes aussi grave que l’absence de station d’épuration ou encore la perturbation du lit du fleuve du Moulya n’ont pas empêché les ministres de l’époque : Yazghi (de l’USFP, aménagement du térritoire) et Douiri (de l’istiqlal, tourisme) d’approuver ce projet. A cette époque, personne ne prêtait oreille à MM Mohamed  Benatta et  Najib Bachiri respectivement de l’ESCO et de l’association homme et environement, quand ils dénonçaient la précipitation avec laquelle le projet a été approuvé, puis les dérapages qui ont accompagné sa réalisation (pillage de sable, perturbation de la stabilité du sable côtier…)

5 ans ont suffit pour donner raison aux écologistes :
– pour la pertubation du lit du Moulouya, voici quelques conséquences :
malheureusement, on va traiter le mal par un autre mal, « construire une digue en amont(dixit le président de la commune) », alors que la source du problème, c’est la destruction du cordon dunaire qui cadrait le cours du fleuve, et le pillage de son sable par le constructeur :

– Pour les études d’impact non faites,la précipitation et tout l’amateurisme accompagnant le projet, je vous laisse juger sur ces vidéo réalisé par l’ESCO et France 5 : ,

et le must

avant

III) Rendement économique

Pour être bref sur cette partie :

D’après l’ESCO, le terrain aurait été cédé à 0,5 centime le mètre carré, le prix au mètre carré d’un tel terrain côtier dans des régions méditerranéennes moins cotées s’élève à environ 3000dh. La marge de gain du promoteur immobilier illustre ce que les mathématiciens appellent « l’infiniment grand »

Ce n’est pas en permettant à des multinationales de faire des fortunes démesurées (pour ne pas dire scandaleuses ou sordides…) sur  des terrains publiques, qu’on va rendre la vie meilleur à nos concitoyens.

Encore une fois, je reviens à ma comparaison du I), pourquoi avoir toléré un projet où la partie immobilière domine la dimension hôtelière ?

Une même parcelle de terrain nous rapporterait beaucoup plus, et durablement, si transformée en hôtel, que si elle est juste transformée en villa à la vente immédiate.

villas

3000 villas et appartement pour seulement 6 unités hôtelières trois domaine de Golf 18 trou se chargeront de ce qui reste du de la zone humide du SIBE (Site d'Intérêt Biologique et Ecologique, protégé en principe par les textes de loi)

Pour ceux qui trouvent tout ceci « juste de la révolte gratuite », je vous invite à attendre le troisième article qui apparaîtra dans ce blog (rédigé par le comité de suivi du projet Souani), présentant les propositions de ce comité, pour un tourisme intelligent, loin de toute précipitation immobilière irréversible.

Ceci dit, je ne renie pas à l’état une certaine bonne volonté initiale de bien faire, mais je déplore des stratégies non réfléchies, non concertées avec les premiers concernés: les habitants de l’orientale, que représentent très bien les associations locales et portent leur voix, ce qui introduit le IV

IV) Qui décide des choix stratégiques de ce genre ? Quelle part est donnée à la volonté des premiers concernés ?

Quand on sait comment les habitants d’Al Hoceima se sont rangés derrière le comité de suivi du projet Souani, et comment ils ont exprimé leur adhésion aux idées du comité, en répondant « présent » à chaque appel à manifestation, et en signant massivement l’appel (plus de 1800 signatures jusqu’en septembre 2009), on doit se poser la question suivante :

Qui décide des choix stratégiques de ce genre ? Quelle part est donnée à la volonté des premiers concernés ?
La suite de la partie IV, et la partie V dans un prochain billet

V) Quelques deux cents kilomètres plus à l’ouest, dans la province de tétouan

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Point de vue d’Adil, étudiant, originaire de la région orientale :

« Ce que je peux ajouter c’est par rapport à la rentabilité économique d’un tel projet. Saîdia souffre du tourisme saisonnier. La majorité des visiteurs viennent en période d’été donc maximum 4 mois par an. Le reste de l’année cette ville devient déserte ce qui a un impact considérable sur les revenus de ses habitants et qui fait qu’on ne peut pas avoir une activité économique durable. Donc le fait de donner plus d’importance au volet immobilier dans le projet saidia méditerrané relève d’une stupidité absolue. Celui qui va acheter une villa (en général c’est des MRE ou des anglais qui ne peuvent plus acheter sur la côte d’Espagne vu la flambée des prix) va visiter saidia que pendant l’été et donc aggraver encore plus le problème économique de saidia qu’est le tourisme saisonnier.

Donc, on aurait pu développer le volet hôtelier tout en respectant l’environnement (et Dieu sait les atteintes irreveressibles qui ont eu lieu au cours de ce projet) et trouver d’autres relais de croissances qui peuvent garantir une activité économique stable pour cette belle ville et en intégrant cette station dans son environnement économique. Comment ? on peut profiter du potentiel naturel du bassin de la Moulouya, des chaînes de montagnes de bni yeznassen notamment la region de tafouralte pour développer une autre forme du tourisme autres que le tourisme balnéaire. On peut également profiter du potentiel agricole de la région de Berkane pour développer des circuits de visite de fermes Bio (le tourisme BIO est un concept que le Maroc pourra développer et il a le potentiel de le faire). Je crois que si on réfléchit bien on pourra trouver d’autres niches à exploiter qui peuvent générer des emplois et une activité économique stable »