CONFIRMATION : Le verdict a été prononcé le 22 mars par le tribunal de Midelt contre Mohamed Attaoui, il est accusé d’ “extorsion de la somme de 1000 dirhams”. Mohamed est  président de l’Association avenir pour le cèdre et le mouflon.

Il est connu dans le milieu associatif pour son combat contre les pilleurs de cèdre. Beaucoup de ceux qui connaissent l’affaire de près affirment qu’il paie le prix pour deux articles publiés dans des journaux.

Rappelons un peu le contexte du cèdre au Maroc :

Les cédraies du Maroc sont menacées de disparition dans l’Atlas et dans le Rif, notamment au mont Tidighin. Le cèdre est victime de la mafia du bois et du réchauffement climatique qui ne favorise guère sa régénération. Depuis une année, les ONG locales à Khénifra et Kétama, ont brisé le silence qui règne sur ce dossier depuis des décennies. L’exploitation industrielle de cet arbre, centenaire en Atlas et dans le Rif, ne bénéficie pas à la population locale. Un réseau d’élus locaux et de notables se partagent le gâteau.
Cèdre

Juste après le drame des enfants morts à Anfgou l’hiver dernier, dans la province de Khénifra, la section locale de l’AMDH avait organisé un sit-in devant la délégation régionale des Eaux et Forêts de Khénifra pour dénoncer la mafia du bois. À Kétama, connue pour la culture du cannabis, une petite association locale avait réussi à fédérer une centaine d’associations nationale et internationale, pour arrêter l’hémorragie. La cédraie marocaine est assez particulière, elle est notamment menacée par un surpâturage chronique qui dévaste les sous-bois, et la régénération de la forêt. En effet selon les spécialistes, le cèdre ne se régénère pas aussi facilement, contrairement à d’autres variétés d’arbres. Le 24 juin dernier, l’association Kétama pour le développement et l’environnement, avait organisé, en présence de plusieurs habitants de la région, un sit-in de protestation contre la passation d’un marché pour l’abattage et l’exploitation d’une grande superficie de la forêt de cèdres dans la montagne de Tidighine. La transaction a été faite par la Direction régionale des Eaux et Forêts de Taza, en faveur de la commune rurale, Abd El Ghaya Souahel, à Kétama, qui a passé à son tour le marché à un promoteur privé de Ghafsai.

Source:La gazette du maroc N°571 04/05/2008

Je vous laisse maintenant, seuls juges de ce qui suit:

« Le 22 avril 2010, à Marrakech, le Maroc célébrera le 40 ème anniversaire du jour de la Terre pour lancer en grande pompe la Charte nationale de l’environnement et du développement durable. Pendant ce temps, les tribunaux de Khénifra, de Midelt ou de Meknès condamnent pour des motifs fallacieux les militants amazighs, écologiste, associatifs ou non, dès qu’ils s’opposent à la puissante mafia du cèdre. La cédraie, la plus grande de la Méditerranée, se meurt, victime des coupes illégales qui sont croissantes depuis 1976 du fait d’un trafic constant de ce bois précieux, négocié jusqu’à 1000 euros le m3, une fois scié. Malgré la création d’un parc national en 2004 et le projet de délimitation d’une réserve de biosphère de la cédraie sur 500 000 ha pour déclarer cette forêt patrimoine mondial, les élus locaux organisent une véritable mafia du cèdre corrompant les autorités et finançant les partis politiques. Les communes détentrices des ressources forestières les plus importantes, comme Anemzi, figurent parmi les plus pauvres du Maroc. Ce sont près de 10 millions d’euros qui alimentent chaque année un système de corruption régional. Localement des militants associatifs exigent la protection de l’arbre et surtout le contrôle des dépenses communales qui affichent des excédents budgétaires indécents de plusieurs centaines de milliers d’euros alimentés par les droits de coupe, alors qu’elle ne dispose d’aucune infrastructure de base, n’ayant même pas une ambulance pour évacuer les malades et souffre d’une mortalité infantile extrême de 194,2 pour mille. Harcelés depuis de nombreuses années, tous les motifs sont bons pour les briser. A Khénifra, un agriculteur irréductibe a vu sa maison brûlé, à Tounfite, M. Attaoui, technicien communal en charge de l’arboriculture a eu son salaire suspendu plusieurs années. Tous deux sont aux mains de la justice accusés par dénonciation anonyme d’avoir porté « atteinte aux valeurs sacrés du royaume » : le premier aurait dit qu’il était au dessus du roi, le second que Tounfite était mieux géré du temps de la colonisation qu’aujourd’hui. En plus, le dernier dont l’association « Avenir du cèdre et du mouflon » voulait se porter partie civile vient d’être condamné, le mardi 23 mars 2010, à deux ans de prison. L’ingénieur forestier qui fournissait à son association le détail des fausses déclarations, preuves de la dissimulation administrative des coupes illégales, suite à une convocation par les élus locaux, a soudainement déposé plainte contre le militant. »

Au delà de ce cas précis, qui décrit une situation d’extrême souffrance de militants écologistes pour avoir défendu non seulement ce patrimoine qu’est le cèdre, mais surtout, les droits sociaux des habitants des communes rurales qui ne profitent pas des revenus de cette exploitation, c’est un hommage à rendre à tous les infatigables qui militent sur le terrain et dont la seule motivation reste le bien de l’homme et de la nature.

Les « écolos », ce sont d’abord des militants pour les droits humains…Et comme tous les militants des droits humains, ils sont victimes d’injustices, de répression, d’incompréhension et de manque de reconnaissance et de gratitude (qu’ils ne recherchent pas, ce qui est tout à leur honneur).

Le témoignage est un message que je reproduit tel que reçu.

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